Moins essentielle que ses symphonies ou sa musique de chambre, l’œuvre pour piano de Chostakovitch oscille entre des partitions austères et de caractère révolutionnaire comme la Sonate n°1 de 1926, à l’hommage romantique du Concerto pour piano n° 2 de 1957. Andrei Gugnin a choisi des pièces écartelées entre ces périodes, des 24 Préludes, petits chefs-d’œuvre aphoristiques de 1933 à la narration belliqueuse de la Sonate n° 2 de 1942. La violence de la Première Sonate (composée au lendemain de la Première Symphonie et précédent les Aphorismes) dissimule une veine mélodique noyée sous une énergie torrentielle. Andrei Gugnin joue de cette ambivalence, entre un toucher attentif aux équilibres (Bach est en filigrane) et un expressionnisme radical. Composée entre les Symphonies n° 7 et 8, la Sonate n° 2 est d’une écriture plus épurée que la Sonate n° 1. La décantation du langage, tout particulièrement dans le final conçu comme une série de variations “à la Beethoven”, incite l’interprète à jouer avec une flamme romantique. La présente lecture en devient presque “belle”, tant les couleurs dorées du piano se détachent de tout lien historique, en pleine Seconde Guerre mondiale. Un toucher si velouté, quasi-impressionniste est plus adapté dans les 24 Préludes. Andrei Gugnin manie avec élégance les traits acides et un jeu suave dans les graves et le médium, sorte d’hommage au dernier romantisme. Entre parodie grinçante et geste lyrique, son interprétation montre avec justesse ce que fut le piano de Chostakovitch : un kaléidoscope d’écritures. (Jean Dandrésy)
Préludes et sonates pour piano
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