Née dans une famille pauvre de St.Louis (Missouri), Joséphine Baker va devenir en un éclair la première diva noire internationale. Obligée, très jeune, à faire des ménages pour aider sa famille, souvent maltraitée, elle va vite la quitter par amour de la danse et du spectacle. Figurante dans une troupe de théâtre, elle atterrit à Broadway en 1921. Simple chorus girl dans “Chocolate Dandies” en 1924, elle danse et fait le clown au Plantation Club dans “Shuffle Along”, la revue de la grande chanteuse Ethel Waters en 1925. Engagée dans une troupe de 25 artistes, elle quitte New York pour la France le 16 septembre. Le 2 octobre, jour de la générale de la “Revue Nègre” au Théâtre des Champs-Élysées à Paris, tout bascule. Arrivée anonyme au sein de la troupe, et aidée par le coup de crayon de Paul Colin qui la croque sur son affiche, Joséphine va immédiatement imposer son personnage félin et gracieux, son espièglerie et ses dons comiques, et faire admirer sa plastique et ses facéties devant un public médusé, parfois indigné, souvent ébloui. Scandale et triomphe ! En quelques mois, Joséphine Baker devient à 19 ans la coqueluche du tout-Paris et une immense vedette. En 1926, les Folies-Bergères l’engagent dans la revue “Folies d’un jour”. C’est là qu’elle dévoile sa fameuse ceinture de bananes, laquelle ne doit pas masquer, outre son talent inné, l’apport que Joséphine amène au music-hall: dansant le charleston, elle devient l’ambassadrice de la nouvelle musique noire, le jazz hot. Suit “Un Vent de Folies” (CD1/3) en 1927, puis “En Super-Folies” en 1936 (CD2/16-17). Danseuse et fantaisiste, la “Perle noire” devient chanteuse et est rapidement invitée à enregistrer des disques, révélant une voix aussi souple et aérienne que ses chorégraphies scéniques, une soprano pure et légère aux vocalises aiguës. À partir de septembre 1926, elle grave une belle série de chansons américaines tirées du répertoire des standards. À son tour, le Casino de Paris la réclame : “Paris qui remue” en 1930 où elle crée sur scène ses premières chansons françaises (CD2/1-4), “La Joie de Paris” en 1932 (CD2/8-11). Le cinéma la sollicite dès 1927 ; elle tournera dans quelques films, dont “Zouzou”, avec Jean Gabin, en 1934 (CD2/12- 13), et “Princesse Tam-Tam” en 1935 (CD2/14). Ces chansons, composées spécialement pour elle et qu’elle interprète avec une diction parfaite, lui donnent une image parisienne en même temps qu’elles jouent, en cette période art déco orientaliste (Exposition Coloniale en 1931), sur un exotisme fabriqué dont elle n’est pas dupe. Mais au-delà des apparences et de ses robes somptueuses de meneuse de revues, Joséphine Baker, qui a pris la nationalité française en 1937, fait montre d’un caractère affirmé et affiche une intelligence et une conscience qui l’amènent à s’engager dès le début de la guerre, puis résister et travailler pour la France Libre en Afrique du Nord – elle sera gradée et décorée – avant de prendre son bâton de pèlerine de retour dans son pays où, intransigeante sur le sujet des discriminations raciales que son statut d’artiste connue ne lui épargne pas, elle n’hésite pas à réclamer des salles mixtes bien avant les luttes pour les droits civiques Mariée au chef d’orchestre Jo Bouillon en 1947, elle effectue cette même année une tournée aux Amériques. Lors d’un second voyage aux États-Unis en 1951, où elle sera applaudie à Harlem, elle provoque l’incident dans un club qui applique la ségrégation. En 1955, à l’aéroport de New-York, on lui fait des difficultés en l’accusant de faire de la propagande anti-américaine. Ces retours au pays ne sont pas faciles, malgré l’accueil que lui fait le public en 1960 et 61. En 1963, elle vient soutenir Martin Luther King lors de la grande marche de Washington, participant ensuite à un benefit concert au Carnegie Hall. Un one-woman-show à succès à Broadway l’année suivante lui apportera enfin la considération. Et elle fêtera ses 50 ans de carrière lors d’une dernière tournée en 1973. Mais son coeur reste à Paris. Joséphine retrouve les Folies-Bergères en 1948 dans “Féeries et Folies” (CD3/7-8). Plus tard, elle triomphe dans “Paris mes amours” à l’Olympia en 1959/60 (CD3/16-18). Assurant son rôle d’ambassadrice de la chanson française, elle choisit un répertoire varié, moins personnel qu’avant la guerre, qui reflète aussi ses voyages : elle chante en castellano, en anglais, en italien… et en français, sa chanson Dans mon village racontant la merveilleuse aventure du château des Milandes acquis en 47 et l’adoption, avec Jo, de douze enfants venus de tous les coins du monde. Image sans doute utopique de la fraternité universelle qui se terminera en faillite en 1968. La guerre du Vietnam s’ajoute à cette désillusion et lui inspire une chanson : Quand je pense à ça. Elle remonte sur scène pour une dernière revue à Bobino. La première a lieu le 24 mars 1975. Mais, tandis que l’affiche du spectacle orne toutes les colonnes Morris de Paris, Joséphine Baker, à bout de fatigue, s’éteint quelques jours plus tard, le 12 avril, à 69 ans. Entrée dans la légende de son vivant, elle reste inoubliable. Joséphine Baker : une grande dame, une femme libre, une reine.
J’ai deux amours
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