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Louanges

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On a rencontré beaucoup de Stephan Eicher : celui de la fin des années 70, bricolant, du fond de clubs rock ténébreux, d’antédiluviennes boîtes à rythmes et des ordinateurs fonctionnant à grands coups de pompe ; celui de la gloire d’il y a un lustre, pédant dans les profonds sofas de palaces de province, n’ayant retenu de Bowie que la morgue. Ensuite, on l’a laissé vivre sa rencontre avec Philippe Djian, son sempiternel multilinguisme et son travers rédhibitoire à sonner trop électrique pour l’univers de la chanson ­ et trop délicat pour le monde du rock. Louanges plaira assurément aux conquis d’avance, ne suscitera qu’indifférence chez tous les autres. On y retrouve en effet tout ce qui peut séduire ou irriter chez Eicher : climats délétères, verbe scolaire et diction fractionnée. Le Suisse alémanique oeuvre souvent, et de manière évidente, pour les lycéennes. Ce qui ne le rend pas plus méprisable pour autant. On se réjouira néanmoins de le voir renoncer partiellement à l’électronique pour la chaleur des peaux vibratiles et la puissance d’un orgue tellurique. Il offre ainsi quelques belles perles de cymbales, une empreinte celte assumée ( » Venez danser a été écrit avant que la mode bretonne ne déferle. Je n’allais tout de même pas effacer la piste de cornemuse ! ») et des climats languides comme seuls les slows des années 60 les osaient à l’approche de l’été. Mais, comme souvent avec lui, les deux sommets du Suisse sont sa part de clair-obscur et d’effondrement : Campari and soda, très heureuse reprise du groupe punk Taxi, éclaire à la bougie de l’introspection le morne temps qui passe. Le synthétiseur millésimé seventies en réplique des ondes Martenot et un violon de clair de lune habillent cette complainte du désenchantement, de l’ivresse mécanique, désolée comme un champagne éventé. Quant à Sans vouloir te commander, facile pic du disque, la chanson déroule en grisé les affres de la rancune et de l’impossible amour. Les balais de la batterie enfoncent leurs petits clous au fond des coeurs, une trompette satinée inventorie les détresses, et Eicher, parfois à la limite du falsetto, use de ces mots de tous les jours avec une dignité et une retenue exemplaires. La main tendue, enfin, comme sur la photo du livret, ou à l’occasion d’une série de concerts apparemment renversants, tel un funambule triste. – Les Inrocks

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