Serge Prokofiev (1891-1953) : Sonate pour Flûte et Piano – Edison Denisov (1929-1996) : Sonate pour Flûte et Piano – Paul Juon (1872-1940) : Sonate pour flûte en fa Maj Op.78 – Yuri Kornakov : Sonate pour Flûte et Piano.
Pour un musicien, rencontrer l’œuvre d’un compositeur ou un certain pan du répertoire peut se produire à un moment plus ou moins propice à sa compréhension. Cela n’est pas grave : « Il faut les commencer tôt » disait Pablo Casals au sujet d’œuvres-sommets que d’impudents adolescents abordaient avec appétit. Ainsi incorporée, l’œuvre poursuit son chemin souterrain, au fil des années, et surgit à l’heure du fruit mûr avec autant d’évidence que de candeur : « Je suis là ! Vous m’aviez attendue ? »
Sandrine Tilly et Anne Le Bozec avaient 18 et 17 ans lorsqu’elles ont dévoré la Sonate de Prokofiev sans, croyaient-elles, en laisser une miette. A cette époque, cette œuvre existait pour elles par la passion qu’elles lui vouaient, l’énergie et l’instinct qu’elles lui offraient. Les années ont passé et le parcours de Sandrine l’a conduite à aborder en profondeur l’immense répertoire de musique orchestrale russe sous la direction d’un de ses plus doués représentants, Tugan Sokhiev ; Anne a exploré, par le répertoire de la mélodie, la poésie slave mise en musique. Les œuvres découvertes jeunes s’approfondissent au travers de cette vaste mise en contexte, sans renier d’ailleurs l’identité propre : quoiqu’au fait du langage russe, nos deux musiciennes demeurent françaises, européennes, et à ce lieu de rencontre des cultures peut naître une richesse nouvelle.
Au temps de leurs études, deux partitions sommeillaient sur un coin du piano tandis que tempêtait la sonate de Prokofiev : celles de Paul Juon et d’Edison Denisov. A l’heure du réveil, ces deux partitions au bois dormant ont pris une place qui semble toujours avoir été la leur ; l’une précisément par son croisement d’influences entre Allemagne et Russie, l’autre par sa radicalité, son geste visionnaire. A ce triptyque étonnamment complémentaire s’est ajoutée avec naturel la sonate de Yuri Kornakov qui figure à ce programme, empreinte de l’influence de Chostakovitch. Il était donc l’heure du fruit mûr : ainsi naît un programme de disque.
Sonates russes pour flûte et piano
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